A votre santé les profs !

Une enquête de la MGEN, mutuelle générale de l’éducation nationale, s’appuyant sur l’exploitation de 6500 réponses de mutualistes enseignants et non enseignants de 20 à 60 ans a abouti à la conclusion suivante : les enseignants sont plus exposés au stress mais ne seraient pas plus malades que les autres catégories. Et s’ils consomment plus de psychotropes, c’est parce qu’ils seraient mieux soignés. A titre d’exemple, 38% des enseignantes des classes spécialisées consomment des antalgiques plusieurs fois par semaine.

Les chiffres appuyant ces affirmations font état d’un taux de dépression global inférieur à 10% . Sur l’étendue de leur vie, 22,6% des enseignants déclarent une dépression pour 21,4% des non enseignants. Les moins de 30 ans et les femmes seraient plus touchés.

Le tabac, le diabète, l’obésité, l’hypertension semblent les toucher moins que les autres catégories. La consommation de l’alcool est similaire à celle de tous les français . Rhino-pharyngites et laryngites semblent être les maladies professionnelles les plus fréquentes : 1 enseignant sur 4 pour 1 cas sur 10 pour les autres.

Néanmoins, 1/3 des enseignants seraient anxieux. Ils seraient 60% à redouter la fatigue et 40% la responsabilité morale ou les conflits, 40% à éprouver un sentiment d’impuissance, 20% à appréhender la routine et l’ennui. 1/5 des enseignants craignent, par ailleurs, des agressions.

Ces situations de stress ne s’exprimeraient pas, pour autant, par des problèmes psychiatriques. Cependant, ils seraient à l’origine de maladies psychosomatiques comme l’allergie, les insomnies, les ulcères et les migraines. La fréquence de ces symptômes serait plus importante chez les femmes, dans les établissements difficiles et dans les classes spécialisées.

Des appréciations différentes de l’institution

Un membre de l’inspection générale de l’administration de l’éducation nationale affirme que la question des enseignants " en difficulté " est la conséquence d’une médecine du travail inexistante –déléguée à la MGEN-, d’une connaissance lacunaire de la santé des personnels, d’une gestion des ressources humaines embryonnaire.

Le directeur de ressources humaines de l’académie de Lille, évoque la situation préoccupante des enseignants expérimentés, âgés de 45 ans. Les jeunes débutants sont, selon lui, plus épargnés en raison des formes d’accompagnement qui se développeraient. Il admet que l’on ne peut pas exercer un tel métier pendant 40 ans, et que les postes offerts en réadaptation ne sont pas une solution satisfaisante. La solution serait, pour lui, dans la mobilité de ces personnes au sein de la fonction publique.

Le médecin conseiller technique de l’académie de Reims parle d’isolement, de la perte d’autonomie des enseignants et de la baisse du niveau des élèves comme étant les trois facteurs mis en cause par les personnels en difficulté. Porter un minimum d’attention avant même de parler prévention est pour lui, une première étape pour progresser.

Pour le médecin chef du centre de réadaptation par le travail de la MGEN, il pointe l’absence de soutien de la part de l’institution Education nationale. Pour un intervenant, le plus grand nombre des concernés ont eu des problèmes avec l’institution et pas avec les élèves. Il parle de l’évolution du public touché, puisque le centre accueille même des sortants IUFM.

Notre commentaire

Même si l’objectif apparent de la MGEN semble de vouloir mettre en avant la qualité du suivi médical assurée par elle à ses mutualistes, il reste vrai qu’un enseignant bien soigné se porte mieux. Cela pose la question de la prise en charge des besoins sanitaires de tous les personnels, toutes catégories confondues et selon la spécificité du poste occupé.

Un certain nombre de maladies professionnelles a été complètement occulté. La pathologie cervico-lombaire en est un exemple. Certaines tâches des OP sollicitent fortement la colonne vertébrale, les gestes répétitifs comme l’écriture au tableau ont des conséquences connues mais mal reconnues.

La pression subie par une hiérarchie assimilant difficulté et incompétence, substituant à la question des moyens une gestion plus flexible et à flux tendu puis une intrumentalisation des pratiques pédagogiques, élargissant les pouvoirs des chefs d’établissements au détriment des personnels et élèves, sont autant de facteurs de stress non mis en avant.

Quant à la médecine préventive au niveau de l’enseignement, elle n’a vu le jour qu’après le décret n° 95-680 du 9/05/95. Ainsi chaque rectorat dispose d’un médecin conseiller technique auprès du Recteur, de médecins chargés de la prévention des personnels non enseignants au Rectorat (2 médecins pour Créteil), de médecins chargés de la prévention des personnels enseignants dans chaque inspection académique (2 pour le 93, 1 pour le 94, 1 pour le 77). Pour la seule académie de Créteil, considérée comme mieux dotée, il manque 21 médecins de prévention. Les médecins des 3 départements sont censés assumer des missions d’information, de formation et de santé des personnels. Ils doivent assurer :

Au regard de a multitude des champs d’intervention fixés par la loi même, le ridicule des moyens mis en place se passe de tout commentaire. La seule affirmation évidente reste l’absence d’une véritable prévention en matière de santé des personnels de l’éducation nationale.

Enfin, que prévoit-on une fois que la maladie est vraiment là ? Après le congé longue maladie, le congé longue durée, l’issue pour les plus chanceux est la réadaptation. En effet, le nombre de postes en réadaptation pour l’ensemble des enseignants est de 2200 . Ce dispositif ne satisfait que 39% des premières demandes. C’est trop peu ! Il permet à des enseignants, pendant 3 ans ou exceptionnellement 4 ans, de quitter la classe : pour 35% des postes pour l’enseignement à distance au CNED, pour 36% des postes pour d’autres tâches au sein d’un établissement scolaire, pour 29% des postes pour des tâches dans l’administration.

A l’issue de cette réadaptation, se pose la question du réemploi, de l’affectation définitive jusqu’à la retraite.

C’est une commission de réemploi qui tranche.

Le nombre de places est insuffisant. Il est fonction des départs à la retraite et des décès. Une hiérarchie dans les pathologies est, de fait, établie. Les " privilégiés " retrouvent directement une classe, sans aucune disposition particulière et en incompatibilité avec leur état de santé.

Le droit à la santé

Gestion des ressources humaines ou gestion inhumaine des ressources ? Quand le domaine de la santé publique obéit à des critères comptables, l’homme devient une marchandise dépendant des lois du marché comme tout autre objet. Nous n’en sommes pas encore là.

Nous avons à mener des luttes pour que la santé publique, le droit aux soins reste un droit fondamental des personnes. De la médecine préventive des personnels de l’éducation, passant par les " réformes " de la sécurité sociale et les projets de la remise en cause du système de la répartition des retraites, une revendication s’impose : le droit à la santé, le droit à une vie digne.

Débattons de ces problèmes, proposons des alternatives et agissons tous ensemble !

 

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