Le rapport qui a inspiré le ministre

Le 7 mars dernier, Philippe Joutard remettait à Jack Lang son rapport sur l’évolution du collège. Celui-ci a servi de base aux mesures que ce dernier entend faire appliquer dès la rentrée 2001.

Il est intéressant de revenir sur ce rapport pour comprendre la logique de ces mesures. Joutard part du constat que le collège actuel souffre de trois principales faiblesses : " l’hétérogénéité extrême des élèves, la hiérarchie des savoirs et l’ennui et la perte de sens du travail scolaire ". En conséquence, il fixe trois objectifs à la rénovation du collège :

  1. Donner à tous les instruments pour réussir au collège.
  2. Faire acquérir des compétences du XXIe siècle en leur donnant le goût d’apprendre tout au long de leur vie.
  3. Développer une orientation positive vers l’enseignement professionnel et technologique.

1. Pour Joutard, assurer la réussite de tous consiste à diminuer l’hétérogénéité extrême. Après des considérations sur la nécessité de ne jamais se résigner sur les difficultés d’un élève, les mesures préconisées se rapprochent davantage de la sélection que d’une véritable politique éducative qui permette de faire face aux difficultés des élèves. Une des principales mesures consiste à mettre en place des dispositifs spécifiques pour des élèves dits " en voie de déscolarisation ". Ces dispositifs ne se présentent pas comme des filières, ni des structures-ghettos. Pourtant, ils sont potentiellement des structures excluantes, même si les élèves sont gardés sous statut scolaire : classe-relais, collège-autrement, passage en LP par anticipation, internat,… Il s’agit d’institutionnaliser les cas exceptionnels, d’ouvrir la voie à l’exclusion d’un grand nombre d’élèves, de construire la relégation en lui donnant un visage avenant.

Par ailleurs, Joutard insiste, à juste titre sur le besoin de repérer et de remédier aux difficultés des élèves dès la maternelle et le primaire. Cependant, ses propositions pour améliorer la continuité entre les différentes étapes de la scolarité, notamment par le recours aux évaluations et les rencontres entre élèves et enseignants des deux cycles sont très insuffisantes. A noter que Joutard propose plus de maîtres que de classes en primaire (ce qui n’a évidemment pas été retenu par le ministère).

De même, comment apprécier sa proposition d’un collège, lieu d'éducation et de culture pour tous passant par une ouverture d'établissements ruraux et de zones sensibles sur l’environnement social ? Positivement ? Négativement ? Le contenu d'une telle proposition rappelle fortement celui des différentes chartes contestées de l'enseignement, notamment le prêt des plate-formes techniques prévus par la charte de l’EPI ?

2. L’objectif de donner aux élèves le goût d’apprendre est essentiellement repris dans la proposition des parcours de découvertes, qui devraient être liés aux programmes en interdisciplinarité et en équipe. A noter qu’un des objectifs avoués de ces parcours est "d’obliger les enseignants à travailler en équipe" (sic). Joutard conçoit les 4 parcours comme obligatoires sur les 2 ans et suggère que les classes ne soit pas constitués en fonction des parcours. (ce que ne précise pas Lang). Si l’introduction d’un véritable enseignement technique au collège apparaît comme positif, il est à craindre que la perspective de la 3e d’orientation à dominante, notamment professionnelle, entraîne une filiarisation hiérarchisée et précoce des élèves par le biais de ces parcours. Le risque est de voir certains publics d’élèves et certains établissements devenir spécialistes des parcours et dominantes technique et professionnelle ou à l’inverse ceux des humanités ou des sciences. Les contenus de ces parcours seront également à examiner de près. Prenant prétexte de la pratique d'une filiarisation non-officielle dans le collège unique actuel ne cherche–t-on pas à l'institutionnaliser ?

Enfin comment articuler cette 3e d’orientation avec les secondes généralisées et professionnelles ?

3. Les parcours découvertes, ainsi que la 3e à dominante professionnelle auraient pour but de susciter une orientation positive vers le LP. Certaines propositions de Joutard montrent que lui même n’est pas dupe. En effet, il se prononce pour la création de CFA dans tous les LP pour les élèves dont le lien avec l’école est beaucoup trop distendu. C'est la preuve que les LP resteront le lieu où l'orientation des élèves se fait par l'échec.

Par ailleurs, les conditions de réalisation que trace Joutard sont inquiétantes à plusieurs titres.

Il prône une autonomie grandissante des établissements. Outre le fait que les heures d’enseignement seraient alignées sur les horaires planchers, il suggère une globalisation des horaires pour mettre en place les itinéraires-découvertes. Certes le service des enseignants n’est pas évoqué, mais n’y a-t-il pas une menace de flexibilité pour les personnels quand les heures élèves seraient globalisées ?

Pour accentuer cette autonomie, le seul cadrage consisterait à fixer les " bornes de l’inacceptable ". Le risque est grand de voir s’aggraver les écarts entre les établissements, les académies. De même, il se prononce pour augmenter le pouvoir des chefs d'établissement et leur attribuer des compétences pédagogiques.

Pour terminer, il est nécessaire de citer certaines propositions que Lang a oublié au passage. Ainsi, Joutard se prononce pour la mise en place de la concertation sur le temps de service des enseignants. Néanmoins elle serait limitée à l’organisation des parcours découvertes, aux enseignants chargés de la coordination avec le primaire ou aux tuteurs d’élèves en grande difficulté.

Pour finir, il réaffirme, avec des pincettes, qu’aucune évolution ne peut se faire à moyens constants. C’est pourtant le chemin que se destine à emprunter le ministre. Ce qui augure mal de cette réforme !

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