L’Europe sociale contre l’Europe libérale !

Les 6 et 7 décembre dernier s’est tenue à Nice la Conférence intergouvernementale européenne (CIG). Dans le droit fil des traités de Maastricht et d’Amsterdam, cette CIG s’était fixé comme but la constitution d’une défense européenne, la proclamation d’une charte des droits fondamentaux et l’élargissement de l’Union européenne. Les commentateurs ont parlé de " l’échec du sommet de Nice " car les négociations n’ont pas franchement abouti, mais déjà la tenue d’une nouvelle conférence a été annoncée pour 2004.

Pourtant des décisions importantes ont été prises lors de cette CIG. La charte des droits fondamentaux a été adoptée même si elle n’a pas été intégrée dans le traité à cause de la Grande-Bretagne, qui par un veto a montré son hostilité à toute forme de législation sociale européenne. Le contenu de cette charte constitue une régression par rapport à certaines législations sociales en vigueur et pourrait être utilisé pour tirer vers le bas les acquis sociaux (voir précédent article). La force de réaction rapide de 60.000 hommes sous hégémonie explicite de l’Otan a été quant à elle mise en place sans aucune mésentente entre les quinze au grand bonheur des industriels de l’armement ! Des réformes institutionnelles ont été discutées pour élargir l’Union européenne aux treize candidats d’Europe Centrale et de l’Est. Ce débat fut le plus virulent car les conflits d’intérêt s’y sont le plus clairement manifestés, sous les regards avides des caméras ! Les pays les plus puissants ne voulant perdre leur hégémonie sur les autres.

Ainsi, l’essentiel des décisions européennes fut bien pris à cette CIG. Les grandes orientations y furent fixées et les propositions émanant de la Commission européenne y furent tranchées. Ce ne fut donc pas une bande de technocrates de Bruxelles qui a décidé du sort des populations dans le dos des gouvernements. Ce fut bien les représentants des Etats.

Cette CIG ne s’est toutefois pas déroulée dans l’indifférence et le calme. Les manifestations qui se sont déroulées à Nice ces 6 et 7 décembre ont imposé la présence de l’" Europe sociale " qui depuis quelques années construit une riposte internationale aux effets de la mondialisation.

La volonté de construire une Europe sociale, le rejet du texte intitulé " charte des droits fondamentaux " ont permis la puissante manifestation rassemblant 80.000 personnes dans les rues de Nice le 6 et ont motivé des organisations antimondialisation de tenter d’empêcher l’ouverture de la CIG le 7, à travers des actions similaires à celles de Seattle.

La première partie de la manifestation était organisée par la confédération européenne des syndicats (CES), qui défilait sous la banderole de tête " une Europe de l’Emploi et des droits sociaux ". Devant la CFDT, FO et l’UNSA, la CGT a incontestablement réussi sa participation avec plus de 25 000 manifestants dans ses cortèges et des drapeaux dispersés un peu partout. Toutes les régions étaient représentées du Nord au Sud, de l’Ouest à l’Est, dont une très importante et bruyante délégation des Bouches-du-Rhône.

La deuxième partie, composée de 10.000 personnes, précédée de la FSU, regroupait des associations et des organisations politiques sous la banderole du collectif " pour une autre charte, pour nos droits, tous nos droits, pour une autre Europe" (ATTAC, AC !, APEIS, DAL, SUD, Confédération paysanne, COBAS d’Italie, CNT, les Verts et la LCR).

La tonalité du 6 était très claire : l’Europe sociale était au cœur des préoccupations et la présence d’au moins quinze mille manifestants venus de délégations étrangères a montré l’ampleur de l’internationalisation des luttes. De dynamiques délégations anglaise, luxembourgeoise, belge, italienne, espagnole, portugaise, basque et allemande se sont mélangées aux cortèges des confédérations.

A l’arrivée de la manifestation, plus d’un millier de manifestants ont décidé de continuer jusqu’à la gare pour protester contre le blocage à la frontière du train venu d’Italie, rappelant que la liberté de circulation des personnes est remise en cause dès qu’il s’agit de contester et de faire vivre la démocratie. Ils furent accueillis par les CRS qui n’ont pas hésité à utiliser les lacrymogènes et à disperser sans ménagement les manifestants. Belle annonce des évènements qui allaient se dérouler le lendemain.

Le jeudi 7, deux rendez-vous avaient été fixés par les antimondialisation, à 7 heures du matin, en deux points de la ville afin d’encercler l’Acropolis, lieu où se tenait le sommet. Le but était d’empêcher l’ouverture en toute tranquillité de la conférence réunissant les chefs d’Etat et de gouvernement s’apprêtant à prendre des décisions opposées aux intérêts et aux aspirations du plus grand nombre.

L’ampleur et l’écho des manifestations des 6 et 7 décembre donnent un nouveau souffle aux mobilisations contre l’Europe libérale. Alors, face à la mondialisation, mondialisons nos luttes.

Retour à l'accueil ou pour adhérer au SDEN-CGT Educ'action 93