" après avoir pris nos bras " , il ne faut pas
" qu’ils nous volent nos têtes "

l’apprentissage à vie ne saurait se fonder sur la présence permanente d’enseignants mais doit être assurée massivement par des prestataires de services éducatifs, (...) les enseignants qui subsisteront s’occuperont de la population non rentable " Rapport de l’ OCDE (organisation de coopération et de développement économique)

Dossier spécial : Compte-rendu des débats du 3 mars

L’école n’est pas à vendre

Le 3 mars, plus de 250 personnes étaient réunies à la Bourse du travail de Saint-Denis pour participer à un après-midi de débat sur mondialisation et éducation organisé par ATTAC, CGT éduc’action 93, FSU 93, UNEF,… Nous publions dans ce dossier les résumés des principales interventions

Premier débat : la marchandisation de l’éducation

Résumé de l’intervention de Nico Hirtt

Une citation tirée du rapport de l’OCDE annonce que "  la mondialisation - économique, politique et culturelle – rend obsolète, selon certains, l’institution implantée localement et ancrée dans une culture déterminée que l’on appelle " l’école " et en même temps qu’elle, " l’enseignant ".

Le choix de telles politiques éducatives, inaugure pour l’école, la sortie de l’ère de la massification et l’avènement de l’ère de la marchandisation .

En effet, le contexte économique des années 50-60-70 caractérisé par une explosion quantitative en demande de main d’œuvre qualifiée, a permis la massification des systèmes éducatifs, sans pour autant leur démocratisation.

Les nouvelles attentes des milieux économiques n’ont commencé à se dessiner que vers la fin des années 80, suite à la crise économique de la fin des années 70. C’est en 1989, que la table ronde des industriels européens, l’ERT, (groupe de pression patronal très important) décide que l’éducation et la formation sont des terrains d’investissement vitaux. Elle crée alors, en son sein, une commission spécifique de l’éducation. c’est le début de la mise en place d’une politique de triple marchandisation de l’école.

  1. Une marchandisation par le biais de la mise en adéquation de l’école avec les nouvelles caractéristiques du contexte économique :
  2. Les luttes concurrentielles du marché, le recours aux nouvelles technologies, le rythme très rapide de la mutation de ces nouvelles technologies, ont amené l’éclosion d’une dualité croissante du marché du travail. D’une part, il y a des besoins en ingénieurs, en main d’œuvre informatique, mais aussi en emplois à faible qualification(aux USA : 56% des emplois correspondent à des formations à courte durée, sur le tas). Dans ce contexte, les entreprises cherchent l’adaptation du système éducatif à cette dualité et donc à des besoins extrêmement changeants. La massification est remise en cause ainsi que les dépenses consacrées à l’enseignement public (7% à 5,4% du PIB). La formation doit être concentrée autour de ce qui est utile pour les entreprises. Ainsi, il faut cesser de définir les contenus en termes de savoirs mais le faire en termes de compétences. Dans le rang des compétences s’inscrit la capacité à évoluer dans un environnement technologique, dans le seul but d’apprendre à utiliser l’ordinateur. Les travailleurs doivent apprendre à apprendre toute la vie, à leurs frais et pour rester productifs et employables.

    L’instabilité du marché de l’emploi exige donc une école préparant à la flexibilité. Pour cela, il faut qu’elle même, soit soumise à la flexibilité. L’abandon du système d’éducation central, géré par l’état, son remplacement par des réseaux d’établissements décentralisés s’impose. La forte concurrence qui s’en suivrait permettrait une meilleure pression de la part des entreprises.

  3. Une marchandisation au travers de l’utilisation de l’éducation comme marché pour soutenir et stimuler les activités du privé :
  4. Les subventions qu’Allègre a consacré aux nouvelles technologies ont été accueillies par le journal " Les Echos " comme " l’ouverture d’un grand marché ". Les déclarations d’Edith Cresson incitent à prendre des mesures pour aider et stimuler le marché européen des technologies. Des milliards sont consacrés à cet objectif, au niveau européen.

    Pourquoi trouve-t-on les fonds pour cela et ne les trouve-t-on pas pour améliorer le taux d’encadrement ? Derrière des discours pédagogiques, se cachent de véritables enjeux économiques.

  5. La marchandisation par la transformation de l’école en marché :

Le marché de l’école représente 2000 milliards de dollars, au niveau mondial. Aucun ne pense à une privatisation totale. Il s’agit de détacher les secteurs les plus rentables, au profit du privé. Des formes de privatisation existent déjà : restauration scolaire, transports scolaires...

Le développement de l’enseignement supérieur payant à distance sur internet est présenté comme un moyen formidable accessible pour tous. La question des moyens est occultée, comme l’est la concurrence avec les établissements de l’enseignement supérieur, leur diminution programmée ainsi que la rationalisation de l’enseignement supérieur lui même. Il s’agit d’une macdonalisation et d’une standardisation de l’enseignement (aux USA, 1,5 millions d’enfants reçoivent un enseignement par internet).

Après le débat, en guise de conclusion, Nico Hirtt a souligné que la démocratisation de l’école ne peut être le seul fruit d’une révision de nos méthodes pédagogiques. Le taux d’encadrement, la taille des classes est importante. L’exemple des pays Scandinaves qui consacrent 6000 $ par élève et par an en primaire, montre qu’ils arrivent à maintenir les élèves jusqu’à l’âge de 16 ans sans que le problème d’hétérogénéité se pose. L’hétérogénéité se combat donc à partir de l’école primaire. Ce n’est pas une fatalité. Dans les écoles privées formant les cadres des ressources humaines, 25000$ sont dépensés par personne et par an. Les professeurs n’enseignent que 8 heures par semaine. Au delà, la qualité de préparation des cours est considérée comme pouvant en pâtir. Quelle conclusion, peut-on en tirer ? la formation des cadres de marketing est plus importante que celle des enfants.

La mission de l’école est de donner les armes pour combattre l’ignorance et la soumission et non pour être employable toute la vie.

Puis, Sandrine Garcia a tenté d’expliquer les mécanismes internes d’adhésion à la libéralisation du système éducatif : comment l’idéologie néo-libérale utilise les résistances de ceux qui la combattent. Il y a nécessité de s’interroger sur les pratiques mises en place lors de la massification.

Deuxième débat : Comment résister ?

Résumé de l’intervention du représentant du Havre

La Seine-Saint-Denis avait inauguré en 1998 une particularité des luttes. Celle du Havre se distingue par le fait que ce sont les parents qui ont été à l’origine des luttes. Ils ont occupé l’inspection académique pendant 3 semaines. Ensuite, les enseignants se sont joints en dénonçant les chartes.

L’assemblée générale des établissements a adopté comme revendications : le retrait des réformes, la titularisation de tous les précaires, le rejet de l’école libérale.

Le mouvement était important. Il a rassemblé largement autour de lui. Une manifestation de 15000 personnes, témoigne de la force de la mobilisation et de l’efficacité de sa coordination. Les aides éducateurs se sont également impliqués, organisé en coordination et défendu leurs revendications. Les parents se sont également organisés, mais en dehors des fédérations classiques.

Le mouvement est né de la base. Il a été très politique, résolument contre la libéralisation de l’école et mettant en avant la responsabilité de la gauche plurielle.

Aujourd’hui, la coordination de ce mouvement continue d’exister. les réformes perdurent, leur application avance doucement. Les aides éducateurs ont toujours un statut privé au sein de la fonction publique. Ils ne sont qu’un moyen pour baisser artificiellement le chômage...

Aujourd’hui, il faut réagir globalement et concernant l’ensemble des problématiques de l’Education Nationale.

Intervention du SDEN-CGT 93

La résistance a été possible. Elle l’a été grâce au mouvement de mars 2000. Une dynamique de 2 mois de lutte dont l’ampleur, la durée et la nature des revendications ont étonné, dérangé et contraint à ce qu’un coup de frein soit mis à l’application d’orientations dont les enjeux dépassent le simple avenir de la formation professionnelle.

Une dynamique de luttes qui démontre qu’un secteur que l’on pensait passif, s’est manifesté avec force pour dire  " Non les pseudo-réformes ne passeront pas ? "

De quoi est parti le mouvement ?

Essentiellement de la volonté des personnels de combattre les attaques sur le statut des personnels : flexibilité, globalisation, formation en dehors du temps de travail, diversification et alourdissement des tâches et de la charge de travail, émiettement de la fonction d’enseignant, le tout débouchant sur une véritable gestion libérale des établissements.

L’appel intersyndical du 3 février et la large mobilisation des personnels qui s’en est suivie, se sont fait sur cette base.

La diversité des formes de luttes et de leur organisation ont par la suite alimenté le souffle de ce mouvement. Celui-ci a su s’appuyer sur l’unité syndicale la plus large possible, mais aussi s’auto-organiser en assemblée générale des établissements et dans les établissements. Une empreinte qui a été laissée sans doute par les leçons du mouvement du printemps 98 de la Seine-Saint-Denis.

Et si la lutte contre la réforme du statut n’a pas fait le lien dès le début avec la logique politique sous- jacente, elle a fait la démonstration de l’existence d’un potentiel et d’une volonté de lutte chez les personnels.

Comment ont évolué les revendications au cours de la lutte ?

Très vite, le lien est fait avec un autre aspect de la gestion libérale des enseignants : la précarité. L’objectif est double : défendre les conditions de travail et de vie des enseignants précaires, leur droit à un emploi stable mais aussi la qualité de formation des élèves.

Cette jonction rapide entre les premières revendications statutaires et le refus de la précarité a été rendu possible grâce également à une somme de luttes menées sur cette question. La journée de grève et de manifestation du 24 février, à l’initiative du SDEN-CGT 93, puis élargie à la région parisienne, y a également contribué.

De la même manière, et dès la rentrée 99, le travail d’information, d’explication des contenus et des dangers de la charte de l’enseignement professionnel intégré, la volonté d’impulser la réaction et l’action des personnels, ont participé à une prise de conscience plus large : " derrière les attaques du statut des personnels s’organise l’attaque du service public de l’éducation. "

Le retrait de la charte de l’enseignement professionnel intégré, n’a pas tardé à faire partie des axes revendicatifs forts de cette lutte. Le rôle de l’assemblée générale aux côtés des syndicats, a pesé dans ce sens comme dans l’ensemble du processus de la lutte et de la mobilisation. Le vote massif de la plate forme du 6 mars a concrétisé cet important changement qualitatif dans la conscience et l’action collective.

Quels dangers représente la charte de l’enseignement professionnel intégré ?

Quelques citations de cette charte suffisent à elles seules pour donner un éclairage :

" l’identité du LP ne peut désormais se concevoir qu’en partenariat avec les professions autour de spécialités identifiées, en prenant largement autour de spécialités identifiées, en prenant largement en compte la réalité de l’environnement économique de l’établissement et la demande sociale des familles. Toute la formation est donnée au lycée et en entreprise... "

" Les PFE, leurs durées, leurs modalités seront négociées au cas par cas avec les branches professionnelles... Un véritable contrat, dont la dimension pédagogique doit être affirmée, liera l’entreprise, l’établissement et l’élève. "

"  Un coordonnateur sera désigné... Ce coordonnateur fera le lien avec les milieux économiques. Il identifiera avec eux leurs préoccupations de recrutement ou de formation de leurs personnels ainsi que leurs projets techniques susceptibles d’utiliser des potentialités qu’offre l’équipement des lycées. "

" Les plates-formes techniques des établissements doivent pouvoir bénéficier à leur environnement économique, notamment aux PME/PMI. "

Il s’agit donc :

Quels enjeux ?

 "  Les pouvoirs publics n’auront plus qu’à assurer l’apprentissage de ceux qui ne constitueront jamais un marché rentable dont l’exclusion de la société en général s’accentuera à mesure que d’autres vont continuer à progresser. " OCDE.

Où en est-on aujourd’hui ?

Comme héritage encore vivant, une lutte qui a permis, au travers sa propre évolution et à partir d’une question de statut, de poser un véritable problème de société.

Elle a permis de mettre un coup d’arrêt partiel et ponctuel à une attaque généralisée. Et, c’est important.

Aujourd’hui, malgré l’affichage " de la mise au placard de la charte de l’enseignement professionnel intégré ", selon les termes du Ministère, la mise en place de manière détournée des orientations contestées, se poursuit, des éléments demeurent : PPCP, CCF, stages en entreprises pour les ex-MA et dans les IUFM, avancée de la mise en place d’un système patronal de gestion et de recrutement des personnels ( accord avec les proviseurs du second degré )...

Aujourd’hui, se poursuit également la résistance. Là où les personnels le font, il peut y avoir des reculs. La situation, par ailleurs, est éclatée et très diverse. Cet éclatement est lui même un risque.

Le travail d’information, de sensibilisation sur les travers des mesures et des pratiques quotidiennes, apparemment sans danger, reste la base même de la construction d’une nouvelle mobilisation celle-ci a été possible en mars 2000. Elle le reste tant que perdurent les menaces sur une école pour tous. Une école qui permet le partage des savoirs que veulent monopoliser et en rationner la distribution, les maîtres du monde.

La résistance est donc d’actualité. la lutte doit continuer sous toutes les formes possibles.

Résumé de l’intervention de Sheila Mac Gregor

Il y a un développement des luttes à Londres et en Ecosse.

A Londres, la privatisation des écoles est beaucoup plus avancée qu’en France. En ce moment, il y a un contrat pour construire 44 écoles. Ce projet est cofinancé par un groupe international américain qui a participé à la privatisation des transports ferroviaires

Une coordination des enseignants et des parents d’élèves est mise en place. L’action consiste à convaincre pour que les votes des CA se prononcent contre ce projet. Si 10% des écoles le rejettent, le projet ne sera plus rentable pour les financiers. On aboutira ainsi à son gel. Pour l’instant, on a gagné le report du vote jusqu’à fin mars. Par ailleurs, 3 importants syndicats d’enseignants sur Londres s’engagent dans la lutte pour dénoncer les conditions de travail et les bas salaires. Il manque près de 10000 postes. Hors le remplacement des enseignants manquants est une obligation pour nous. Les conditions et la charge de travail en découlant sont écrasantes. L’objectif pour nous est d’organiser un boycott des remplacements. 90% des enseignants sont pour ce boycott.

Résumé de l’intervention de
Régine TASSI d’ ATTAC

Depuis la rentrée, est réapparu dans les lycées, un jeu émanant de la banque CIC qui fait l’apologie du libéralisme. Ce jeu consiste à gérer un portefeuille d’actions, le gagnant remportant un séjour à Wall-Street. Plusieurs actions ont déjà été menées, le ministère, les rectorats interpellés : pour l’instant silence radio. Dans les semaines prochaines, le groupe éducation d’ATTAC prévoit de nouvelles actions.

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